La conjuration du risque. Quand gouverner, c'est prédire
Sous la direction de : Maxence Chambon , Laetitia Janicot
Toujours plus présent dans les esprits, tout comme la prétention contemporaine d’en éviter la survenance, le risque engendre et généralise une logique de précaution qui influence en profondeur l’action publique et le droit. Cette ambition de maîtriser un risque désormais généralisé et protéiforme implique une inclination en faveur d’une responsabilisation des acteurs et explique l’explosion de normativités alternatives (compliance, responsabilité sociale des entreprises, exemplarité des responsables publics). L’adhésion à cette ambition est néanmoins telle que les mesures destinées à lutter contre le risque peuvent également emprunter des formes toujours plus contraignantes comme en témoignent l’évolution des modes de gouvernementalité dans le cadre des états d’urgence et certaines transformations du droit pénal. En outre, la volonté de conjurer le risque suppose de recourir toujours plus abondamment à l’expertise scientifique, tendance qui ne peut être sans influence sur le contrôle opéré par le juge. Qu’elle apparaisse comme légitime et salutaire ou comme excessive et pernicieuse, cette obsession contemporaine pour le risque doit être étudiée, tant elle éclaire une part importante des transformations actuelles que connaît le phénomène juridique.