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L’État-Nation à l’épreuve de la constitutionnalisation des langues régionales

L’État-Nation à l’épreuve de la constitutionnalisation des langues régionales

Étude comparée : Belgique, Espagne, Italie, Suisse

Si l’État-nation s’est construit notamment à la faveur d’une politique d’uniformisation linguistique, apparaissent aujourd’hui en Europe des États plurilingues; l’Espagne, l’Italie, la Suisse et la Belgique ont en effet reconnu un statut d’officialité à plusieurs langues régionales sur leur territoire national. Or la consécration constitutionnelle de la pluralité linguistique n’est pas sans influence sur l’identité de l’État.
 
D’une part, la pluri-officialité établit un lien de nature juridique entre une langue et un territoire. Elle a ce faisant pour conséquence, l’émergence de territoires linguistiques au sein de l’État, facteurs de décentralisation et de restructuration : le plurilinguisme insti- tutionnalisé réorganise l’État.
 
D’autre part, la pluralité linguistique participe de la construction juridique de la Nation et appelle de ce fait la détermination de principes nouveaux de justification de l’État-nation. En raison de la redéfinition de la Nation sous l’effet de la constitutionnalisation des langues régionales, l’unité nationale se voit reformulée dans une Nation plurilingue qui mobilise une idéologie de la reconnaissance se substituant à celle, traditionnelle, de l’appartenance. L’État plurilingue est un État de reconnaissance. La langue s’ajoute alors au territoire, à la population et au Gouvernement comme élément constitutif de l’État.
 
Jordane Arlettaz est professeur à l’Université Montpellier I, CERCoP. Elle a supervisé les ouvrages Le cadre juridique de la campagne présidentielle (mai 2013, l’Harmattan) et Pouvoir et démocratie en France (février 2012, CRDP de Montpellier).