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Braïtou-Sala (1885 - 1972)

Braïtou-Sala (1885 - 1972)

L'élégance d'un monde en péril

La Piscine - Musée d'art et d'industrie André Diligent de Roubaix

Auteur : La Piscine Roubaix

Né en 1885 dans une famille juive modeste de Tunisie, Albert Sala, dit Braïtou-Sala, affirme très jeune une vocation artistique. Il arrive avant la Première Guerre mondiale à Paris où il suit, à la célèbre académie Julian, les cours d'Adolphe Déchenaud, d'Henri Royer, de Paul-Albert Laurens, de William Laparra et de Marcel Baschet. Grâce à différents réseaux de relations, ll s'affirme, entre les deux guerres, comme l'un des meilleurs et des plus réputés portraitistes mondains de la scène artistique parisienne. Et sa notoriété l'inscrit même naturellement parmi les représentants de la peinture française lors de grandes expositions internationales, comme celles de Pittsburgh entre 1936 et 1939, où il est étonnamment présent aux côtés de Picasso, Matisse et Léger par exemple.

Sa capacité à valoriser ses modèles - surtout féminins - qu'il représente dans des mises en scène savantes - souvent élaborées dans un esprit emprunté au modèle anglais du XVIIIe siècle - et qu'il fait poser dans des vêtements des grandes maisons de couture de l'époque, lui ouvre un carnet de commandes très prestigieux. Son atelier de Neuilly devient rapidement une adresse réputée où se croisent figures du spectacle et personnalités en vue de la bourgeoisie ou de l'aristocratie. Chaque année, la presse rend compte de ses envois au traditionnel Salon des Artistes Français. Ses oeuvres font souvent la couverture ou les belles pages de L'Illustration et d'autres revues, françaises ou étrangères, à grands tirages. Parmi ses réussites, ses portraits d'enfants connaissent également de beaux succès. Tout aussi spectaculaire que les oeuvres de commande, mais plus intime, Yoyo, en 1927, fixe les traits encore poupons de son neveu qui sera déporté par le régume de Vichy et assassiné à Auschwitz par les nazis en 1943.

Le drame de la Shoah auquel il échappe, ainsi que sa femme et leur fils unique, le marque profondément et il peine à se réinscrire, après la Libération, dans une société totalement différente de celle qu'il avait  représentée avant guerre et qui illustrait précisément ce monde d'apparence encore sereine mais où se côtoyaient sans le savoir les futurs bourreaux et les victimes à venir du plus terrible chaos de l'histoire occidentale de l'humanité. Au début des années 1960, Braïtou-Sala quitte Paris pour le sud-est de la France et décède, pratiquement oublié, en Arles, en 1972.

Cette publication, éditée à 'loccasion de la plus important rétrospective jamais consacrée à l'artiste, prend le relais du travial fondateur mené par la belle-file du peintre jusqu'à sa disparition en 2011. Soutenu par la famille Sala qui a ouvert ses archives et facilité le regroupement de nombreuses oeuvres - dont beaucoup d'inédits -, le musée de Roubaix restitue ici à Braïtou-Sala sa place dans une histoire de l'art où se rejoignent le talent d'un véritable artiste et le récit d'une terrible bouleversement des utopies humanistes des temps modernes.