Sous la direction d’Emmanuel Jeuland
« Quelle dose de vérité relationnelle les êtres humains sont-ils capables de supporter ?», interroge le philosophe des sciences Michel Bitbol en paraphrasant Nietzsche qui, lui, ne faisait référence qu’à la vérité. Cette formule peut vouloir dire que la pensée relationnelle s’approcherait davantage de la vérité qu’une pensée qui se fonde sur des essences et des individus. Il est, en effet, plus facile de penser un objet isolé que la relation entre deux objets.
Pourtant, il apparaît de plus en plus et dans de nombreux domaines qu’aucun objet ou entité n’existe à l’état isolé. « Chacun est enchaîné à l’autre», affirme un proverbe africain. Par conséquent, rien n’existe en soi.
Notre hypothèse générale est qu’il émerge un paradigme relationnel aussi bien dans les sciences humaines que dans les sciences dites dures. L’expression est d’ailleurs employée par différents chercheurs sans qu’il y ait, semble-t-il, de concertation. Il s’agit sans doute davantage d’un paradigme oublié que d’une nouvelle façon de penser. Il paraît simple et évident, mais il oblige à une sorte de conversion intérieure dans la façon d’envisager les objets de sciences. Il convient, en effet, de mettre l’accent sur ce qui existe entre les pôles de la relation.
Des regards croisés entre l’art et le paradigme relationnel sont également envisageables. Il conviendrait notamment de partir des notions développées en photographie ou en peinture telles que le punctum (R. Barthes) ou le détail qui tout d’un coup touche le spectateur, rend présent l’absent : « le punctum d’une photo, c’est ce hasard qui, en elle, me point (mais aussi me meurtrit, me poigne) ». Il se pourrait que la notion de punctum se traduise dans le rapport humain par l’idée de coïncidence. C’est la coprésence par hasard de deux éléments qui crée le sentiment de saisissement, d’indicible. N’est-ce pas la rencontre par hasard de deux personnes qui peut être à l’origine d’un rapport humain ou de sa transformation ? Cette coïncidence traduirait dés lors un élément d’infini dans la relation, un élément de silence et de vide.
Avec cette collection, il s’agit de tenter de créer un rapport entre des chercheurs, de les mettre eux-mêmes en relation pour regrouper leurs forces et contribuer à vérifier l’hypothèse de l’émergence du paradigme relationnel. Des disciplines aussi étrangères d’habitude que le droit et la géographie, la physique et les arts plastiques, les religions et les sciences cognitives pourraient engager un dialogue pour approfondir la notion de relation, qui est si simple et si complexe en même temps.
Déjà paru (extrait du catalogue)
Emmanuel Jeuland, La Fable du ricochet (Prix Olivier Debouzy 2011)